Corridor en « pas japonais »

Couramment utilisée pour décrire le concept de Trame Verte et Bleue, l’expression de « pas japonais », stepping stones en anglais, s’inspire de la tradition des jardins japonais, parsemés de dalles irrégulières pour former des cheminements à travers les pelouses, les massifs, ou pour traverser les cours d’eau.

Associée au terme « corridor », elle désigne une succession de secteurs naturels ou semi-naturels, de surfaces généralement réduites, distants les uns des autres mais s’intercalant entre deux réservoirs de biodiversité, permettant ainsi à certaines espèces de passer de l’un à l’autre. On parle également de corridor discontinu, par opposition aux corridors continus, formés d’un enchaînement ininterrompu de milieux favorables à la biodiversité (une grande forêt, le linéaire d’un cours d’eau, un large paysage bocager, les océans…).

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D’autres expressions plus ou moins synonymes existent pour décrire les espaces composant un corridor discontinu. Elles permettent d’exprimer les différents rôles attribués à ces milieux, vis-à-vis d’une espèce donnée :

  • Le pas japonais évoque avant tout une fonction à l’égard du déplacement à plus grande échelle. L’espèce considérée préfère passer par ces lieux, qu’elle trouve plus accueillants ou sécurisants que le paysage alentours, du fait de leur composition (sol naturel, végétation dense, strates ou types de flore plus appréciés…) ;
  • L’espace-relais présente des qualités supplémentaires, qui le rende adéquat comme site de repos temporaire. Ce terme traduit l’idée que certains déplacements à grande distance ne peuvent pas se faire d’une seule traite : l’espèce considérée doit donc trouver des points de halte appropriés sur son chemin ;
  • L’îlot-refuge ajoute une notion de séjour plus prolongé, mais a priori provisoire. De tels espaces peuvent offrir un habitat et des ressources permettant à l’espèce considérée de couvrir ses besoins pendant une période plus ou moins longue, par exemple après que son habitat d’origine ait été dérangé, modifié ou détruit. Ce type d’espace se rapproche ainsi dans sa composition, sinon dans son fonctionnement écologique, de ceux qualifiés de réservoirs de biodiversité.

Ces différences sont floues et fluctuent d’un cas à l’autre, notamment en fonction des espèces étudiées (cf. Trame Verte et Bleue). Pour les animaux très mobiles et ayant une espérance de vie assez longue, la différence s’évalue à l’échelle d’un individu : un oiseau peut emprunter des corridors en pas japonais chaque jours, pour aller de son lieu de nichage à ses zones de chasse, mais s’arrêtera quelques jours dans un espace-relais au cours d’une migration annuelle.

Pour d’autres, comme les batraciens, la distinction se pose sur toute une génération. Une succession de milieux humides en pas japonais leur permet de rejoindre chaque année leur zone de ponte et de reproduction, depuis le secteur où ils hibernent, sans risquer de se déshydrater en chemin. Certaines de ces mares peuvent aussi jouer un rôle d’îlot-refuge, lorsqu’elles accueillent une population forcée de se déplacer après l’assèchement de sa mare d’origine, lui permettant ainsi de survivre jusqu’à ce que l’habitat initial soit de nouveau en eau.

Pour les plantes, il s’agit plutôt de l’aptitude d’un lieu à accueillir une population conséquente et pérenne (îlot-refuge), ou juste quelques générations d’individus éparses qui, par la dispersion de leurs graines, permettront à l’espèce dans son ensemble de rejoindre de nouveaux espaces (pas japonais).

Ce que montrent les nuances de signification entre ces termes, c’est qu’au-delà des trajectoires théoriques cartographiées dans le cadre de la politique TVB, le principe d’un corridor discontinu repose sur une réalité écologique affirmée. Elle concerne des espèces qui ne sont pas bloquées par le milieu environnant, mais peuvent le traverser avec une relative facilité pour passer d’un patch à l’autre.

En milieu urbain plus particulièrement, les obstacles sont nombreux : les bâtiments, murs et clôtures peuvent constituer des barrières infranchissables ; les routes sont un danger mortel (collision, écrasement) ; les nuisances sonores, lumineuses, la présence humaine, la chaleur dégagée par le bitume… sont autant de facteurs qui peuvent dissuader la faune de s’y aventurer ; enfin, l’absence de couvert végétal et de sol naturel sont strictement évités par certaines espèces (risque d’être visible par les prédateurs, par exemple).

Ainsi, un nombre restreint d’espèces peuvent profiter d’éventuels corridors en pas japonais. Il s’agit en premier lieu des espèces volantes : oiseaux, chauve-souris, insectes. Quelques espèces terrestres sont également plus ou moins tolérantes vis-à-vis du tissu urbain : des petits mammifères (rongeurs, hérisson, martres, écureuil, renard…), des lézards, des gastéropodes (escargots et limaces), etc. Les plantes dont les graines ou les fruits se disséminent par le vent peuvent aussi finir leur course de l’autre côté d’un obstacle urbain. Enfin, il faut garder à l’esprit toutes les espèces qui savent bénéficier du déplacement de celles précédemment citées : de nombreux animaux, plantes, champignons et micro-organismes sont ainsi transportés et propagés, entre autres grâce à leur petite taille.

Les qualités nécessaires aux espaces végétalisés urbains (type de végétation, superficie, distance maximale entre deux patchs…) pour qu’ils puissent jouer un rôle de corridor dépendent de chaque espèce. Ils sont toutefois très complexes à déterminer scientifiquement, du fait de la grande hétérogénéité des contextes et de la difficulté à suivre le déplacement des animaux et, a fortiori, des végétaux. Néanmoins, plusieurs travaux sur ce sujet tendent à démontrer l’importance écologique des corridors en milieu urbain, même discontinus1 :

  • Maxime Zucca et Romain Julliard (MNHN, laboratoire CESCO) ont mis en évidence la préférence de deux espèces d’oiseaux, Mésange et Fauvette, pour les espaces urbains végétalisés. Leurs itinéraires, suivis en proche banlieue parisienne, étaient fortement corrélés à la densité végétale et aux types de milieux (avec des préférences propres à chaque espèce), notamment ceux arborés ;
  • Alan Vergnes (MNHN, laboratoire CESCO) a démontré en Île-de-France que les musaraignes et les staphylins (coléoptères volants) bénéficient de la continuité ou de la proximité entre milieux favorables (parcs et jardins) pour circuler sur le territoire ;
  • Caterina Penone (MNHN, laboratoire CERSP) a étudié la capacité de plantes à franchir les obstacles urbains (routes et gares) le long de talus de voies ferrées, selon leur espèce et les distances à parcourir ;
  • Une étude financée par le département de Seine-Saint-Denis a permis de caractériser les échanges entre les populations d’herbacées présentes dans les espaces verts du territoire. Une dépendance à la densité de ces espaces verts ponctuels était clairement mise en évidence, tandis que les larges secteurs qui en étaient dépourvus ou presque constituaient de véritables barrières ;
  • Plusieurs études menées sur des papillons ont également renseigné la capacité des différentes espèces à traverser ou non des infrastructures routières ou ferrées.

À l’inverse, les grands mammifères, les batraciens, les reptiles, les insectes rampants ou encore les lombrics (cf. Trame brune) sont beaucoup plus impactés par la présence d’un espace urbain entre deux réservoirs de biodiversité. Pour ces espèces, la continuité ou quasi-continuité d’un corridor écologique est généralement essentielle.

L’urbanisation n’est pas le seul contexte dans lequel on peut trouver des corridors discontinus. Pour des espèces qui dépendent des habitats boisés, les espaces agricoles étendus peuvent être de véritables obstacles, au sein desquels la présence d’arbres (sous forme de bosquets, de haies, etc.) constitue des corridors en pas japonais. De même, les petites surfaces de prairies naturelles (bords de champs, chemins, parcelles en jachère…) sont essentielles aux orchidées et aux insectes associés pour traverser les vastes plaines céréalières. Même au sein d’une forêt, le type de gestion appliqué est susceptible de générer des interruptions, selon que sont conservées ou non certaines essences d’arbres, des micro-habitats (arbres vieillissants, bois mort au sol), ou encore des conditions particulières de luminosité et de concurrence entre espèces.

La discontinuité existe même souvent à l’état naturel : entre les mares évoquées précédemment, entre les sommets des montagnes, les oasis des déserts, les sources chaudes des fonds océaniques, les îles d’un archipel, etc.

Ainsi, les corridors discontinus font intrinsèquement partie du fonctionnement des écosystèmes et de leurs interactions. Cela ne signifie pas qu’il faut les favoriser aux détriment de corridors qui sont ou pourraient être ininterrompus : la fragmentation des espaces naturels demeure un des principaux facteurs de la perte de biodiversité. Mais dans les cas où seuls des « pas japonais » sont réalisables (milieux urbains et agricoles, essentiellement), ils font une réelle différence pour la circulation des espèces sauvages sur le territoire. Leur efficacité dépend alors de la densité, de la taille et de la proximité des patchs entre eux ; des facteurs qu’il convient de maximiser autant que faire se peut.

1Les références des études scientifiques citées et leur présentation au colloque « Continuités écologiques en milieu urbain » peuvent être retrouvées en ligne : www.natureparif.fr/agir/evenements-a-la-une/les-rencontres-de-natureparif/1552-2016-rencontre-continuites-ecologiques-en-milieu-urbain

Phyto-épuration / Phyto-remédiation / Myco-remédiation

Les termes de phyto-épuration, phyto-remédiation, myco-remédiation désignent des alternatives aux méthodes industrielles de traitement des eaux et des sols, au moyen de végétaux (phyton en grec ancien) ou de champignons (mukês). Ils appartiennent au champ plus large de la bioremédiation, ensemble des techniques reposant sur l’usage d’écosystèmes vivants pour la dépollution des sols, des eaux ou de l’air. Celles-ci s’appuient sur la capacité de certaines plantes ou champignons, et des nombreux micro-organismes qui les accompagnent1, à absorber des molécules nocives ou à les dégrader chimiquement. De telles propriétés sont propres à chaque espèce : les écosystèmes que l’on sélectionne dépendent donc des substances polluantes à éliminer. Ainsi, la Moutarde indienne est connue pour absorber des métaux lourds (plomb, zinc, cuivre), des lentilles d’eau peuvent capter les pesticides, les massettes s’attaquent aux antileptiques, les hydrocarbures peuvent être décomposés par des champignons saproxyliques, … le tournesol a même été utilisé pour diminuer la concentration d’éléments radioactifs dans les sols de Tchernobyl2.

Bien que les définitions se chevauchent, le terme de phyto-épuration est principalement employé pour désigner le traitement d’une eau peu polluée, avant son retour au milieu naturel3. Elle fait appel à des plantes aquatiques ou de milieux humides comme les roseaux, les phragmites, la menthe aquatique, etc. Leur action repose sur plusieurs mécanismes physiques et chimiques associés :

  • la filtration de l’eau par le système racinaire ou les parties submergées. Cela permet de retenir les plus grosses particules dans les sédiments ou le sol le temps qu’elles soient dégradées ;

  • la précipitation (formation de particules à partir de substances dissoutes) et la sédimentation (dépôt des particules vers le fond de l’eau, par action de la gravité). De même que pour la filtration, ces phénomènes évitent que les polluants s’écoulent trop rapidement vers les cours d’eau ;

  • la sécrétion par les plantes et micro-organismes de molécules réagissant chimiquement avec les polluants, formant des substances moins nocives ou plus facilement assimilables par le milieu ;

  • l’absorption de certains polluants par les racines et leur stockage dans les tissus de la plante ;

  • la dilution des contaminations ponctuelles, dont la diffusion vers le milieu naturel est étalée dans le temps. En diminuant la concentration des substances polluantes, leur toxicité directe pour la faune et la flore est réduite, et leur dégradation facilitée ;

  • l’exposition prolongée à d’autres facteurs de l’environnement, comme le rayonnement solaire.

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Phyto-épuration sur lit de roseaux, dans la commune de Commer (53)

La phyto-épuration peut être utilisée pour traiter les eaux domestiques dites « grises », les moins polluées (provenant du lavabo, de la salle de bain…), éventuellement celles dites « noires » (eaux des toilettes)4. Elle peut se présenter sous la forme de filtres ou de lagunages, avec généralement une série de bassins plantés dans lesquelles l’eau séjourne plusieurs jours, le temps que les écosystèmes qui y vivent fassent leur œuvre. Ainsi les roseaux sont efficaces contre les métaux lourds et les dérivés de détergents, la menthe aquatique capte le zinc, les callitriches retiennent des pesticides… Cette technique permet notamment d’éviter la saturation des stations d’épuration, en réduisant les volumes à prendre en charge. En revanche, elle ne convient pas pour les eaux usées les plus polluées (effluents industriels notamment), qui doivent être acheminées vers des installations spécialisées.

La phyto-épuration est aussi adaptée à la gestion des eaux pluviales, qui se chargent en polluants en traversant l’atmosphère et par le ruissellement sur les surfaces urbaines imperméables (chaussée, parking…) ou à travers des espaces agricoles traités par des produits phytosanitaires. Intégrée à des aménagements de transport de l’eau (noues, fossés), de rétention et d’infiltration, la phyto-épuration permet de réduire la saturation du système d’assainissement des eaux et d’éviter les débordements lors de précipitations importantes.

Phyto-épuration par lagunage, dans la commune de Jublains (53)

On parle plutôt de phyto-remédiation lorsqu’il s’agit de nettoyer des sols contaminés par une pollution diffuse (métaux lourds, hydrocarbures…). De nouveau, plusieurs mécanismes peuvent entrer en jeu.

Des espèces végétales qualifiées d’hyper-accumulatrices sont réputées pour absorber certains de ces polluants en grande quantité. Le Tabouret calaminaire, par exemple, apprécie particulièrement les sols contenant du zinc5. Les contaminants absorbés par les racines transitent dans la plante et sont tantôt libérés sous une forme volatile (cas du sélénium, du mercure…, ce qui peut nécessiter de prendre d’autres précautions, pour éviter une pollution atmosphérique), tantôt stockés au sein d’un organe (les racines, les tiges, les feuilles…). Ces végétaux sont alors contaminés à leur tour : ils doivent être traités dans des établissements spécialisés et non simplement décomposés sur place ou compostés. Ce procédé de phyto-remédiation consiste ainsi à transférer la pollution vers un autre compartiment : l’atmosphère ou les tissus végétaux, plus faciles à gérer que le sol. Des études sont également à l’œuvre pour exploiter cette nouvelle ressource de métaux, qui peut présenter un rendement intéressant pour l’industrie, comme dans le cas de l’Allysum murale.

D’autres polluants sont susceptibles d’être modifiés par les substances que sécrète les micro-organismes ou végétaux cultivés. C’est par exemple le cas des hydrocarbures, dégradés par des champignons saproxyliques6. Ceux-ci ont la capacité – rare dans le monde du vivant – de produire des enzymes qui décomposent les fibres les plus résistantes du bois (d’où leur nom : sapro- « putréfaction » et xyle « le bois »). Les hydrocarbures ayant une structure moléculaire semblable, ils peuvent également être « découpés » par ces enzymes, jusqu’à être réduits en éléments simples assimilables par d’autres organismes. Si cette technique fonctionne bien en laboratoire, elle est toutefois imparfaite sur le terrain, du fait du manque de contrôle sur les conditions de développement des champignons.

Un autre intérêt du système racinaire des plantes peut simplement consister à retenir les éléments polluants sur place, afin d’éviter leur dissémination dans le milieu. Dans ce cas, la modification physique et chimique du sol par les végétaux et les microorganismes associés conduit à réduire la liberté de mouvement des molécules visées. Celles-ci ne sont pas éliminées, mais ce procédé évite que la contamination se propage jusqu’à d’autres écosystèmes plus fragiles.

Selon le polluant, ses propriétés chimiques et physiques, sa concentration, le milieu à traiter… les plantes ou champignons utilisés ne seront pas les mêmes.

Phyto-épuration et phyto-remédiation sont des méthodes d’ingénierie écologique en plein développement. Leurs résultats ne sont que partiels, difficilement prévisibles et prennent un certain temps, ce qui n’en fait pas des solutions appropriées à toutes les situations. Toutefois, leur efficacité est avérée et tend à s’améliorer à mesure que l’on comprend mieux les mécanismes à l’œuvre. Par rapport aux alternatives industrielles (station d’épuration, décharge, centre de traitement spécialisé…), elles présentent des avantages très nets : un investissement de départ faible et un coût de fonctionnement quasi-nul7 (les plantes « font tout le travail ») ; une mise en œuvre simple, facilement adaptable selon le volume à traiter ; un traitement directement sur site, sans transport des matériaux pollués ni travaux importants (excavation de sols, réseaux d’assainissement, bâtiments…) ; moins d’externalités négatives sur d’autres aspects de l’environnement (urbanisation, consommation d’énergie…) ; la réversibilité des aménagements, qui ne nécessitent pas d’artificialisation lourde du milieu. Le recours à ces techniques est donc tout-à-fait pertinent, a minima pour traiter les pollutions les plus faibles, ou au contraire réduire le degré de contamination d’eaux et sols plus pollués, avant leur prise en charge par des moyens classiques.

1Bioremediation. An overview, M.Vidali (2001) : http://s3.amazonaws.com/academia.edu.documents/43833353/pdf.pdf?AWSAccessKeyId=AKIAJ56TQJRTWSMTNPEA&Expires=1479312096&Signature=X5Y3wdN0vIoOfV2I22oYSraJRX0%3D&response-content-disposition=inline%3B%20filename%3DBioremediation._An_overview.pdf

2Ces plantes qui guérissent l’habitat: Phytoépuration et génie végétal, Sébastien Illovic et Vincent Bonnarme (2012) : https://books.google.fr/books?hl=fr&lr=&id=8eLHQaJXXZkC&oi=fnd&pg=PP5&dq=phytoepuration&ots=hnHifI2YTP&sig=nOiLWtfesfw_sCxpKocsKSAf3So#v=onepage&q&f=false

3La phytoépuration, qu’est ce que c’est ?, Runying Wang (2011) : http://www.inspire-institut.org/tribune-libre-la-muse-avril-2011-la-phytoepuration-quest-ce-que-cest.html

4La phyto-épuration : des plantes pour traiter les eaux usées, Natureparif (2012) : http://www.natureparif.fr/connaitre/publications/guides-pratiques/les-fiches-pratiques/document/la-phyto-epuration-des-plantes-pour-traiter-les-eaux-usees?format=raw

5Phytoremédiation des sols contaminés – Des plantes pour guérir les sols, Jean-Louis Morel (2012) : http://www.mediachimie.org/sites/default/files/Chimie%20et%20nature_157pdf.pdf

6Bioremediation of Contaminated Soil with Fungi, Erika Winquist et al. (2014) : http://www.pollutionsolutions-online.com/articles/soil-remediation/18/erika_winquist_marja_tuomela_and_kari_steffen/bioremediation_of_contaminated_soil_with_fungi/1649/

7Phytoremédiation et phytoépuration : de nouvelles perspectives pour les taillis à courtes rotations, Jean-Yves Gautry et Alain Bailly (2012) : http://www.fcba.fr/sites/default/files/phyto_fcbainfo.pdf

Trame brune

La « trame brune » est une expression inventée sur le modèle de la Trame Verte et Bleue, appliquée à la continuité des sols. Largement ignorés pendant de nombreuses années, ces derniers sont pourtant essentiels au fonctionnement des écosystèmes. Ils ne sont pas qu’un simple support physique pour la végétation, leurs rôles sont extrêmement variés :

  • biodiversité : malgré leur discrétion, les espèces vivant dans le sol ou au sein de l’humus (les débris végétaux en cours de décomposition à la surface du sol) rivalisent en nombre et en variété leurs voisines du dessus. Ce sont plusieurs milliers d’espèces animales, et plusieurs dizaines à centaines de milliers d’espèces bactériennes et de champignons, qui cohabitent dans seulement quelques mètres carré de sol, le tout sur une épaisseur très faible (parfois moins d’un mètre) ;

  • cycle de l’eau : infiltration de l’eau de pluie, circulation souterraine, disponibilité en eau pour les plantes, évaporation… Les sols de pleine terre nous préservent à la fois des risques liés à l’excès d’eau, ou à son manque ;

  • cycle des nutriments : c’est la diversité des organismes du sol qui assure la dégradation complète des débris végétaux et des cadavres animaux, en les fragmentant par étapes successives pour les transformer en nutriments de nouveau disponibles pour les plantes1 ;

  • absorption et stockage du CO2 atmosphérique, via l’enfouissement de matière organique et sa transformation par les organismes du sol2. Seule cette incorporation dans les couches profondes du sol permet de piéger durablement le carbone absorbé par les végétaux ;

  • lutte contre les pollutions : les sols filtrent les eaux de ruissellement, retenant partiellement les polluants, et les organismes du sol sont parfois capables de les dégrader en éléments inoffensifs ou moins toxiques ;

  • état sanitaire des végétaux : les interactions entre les organismes du sol et les végétaux sont innombrables3. On peut citer les symbioses entre des champignons et les arbres4, indispensables pour l’alimentation de ces derniers en nutriments, les effets répulsifs de certains organismes face à des parasites ou des pathogènes, le travail du sol effectué par les vers de terre, qui facilite l’enracinement des plantes, etc.

Pour conserver toutes ces fonctions, l’intégrité physique, chimique et biologique des sols doit être préservée. En premier lieu, il s’agit de restreindre au maximum leur artificialisation. Quand c’est possible, des sols de pleine terre doivent être restaurés là où les surfaces artificielles ne sont pas (ou plus) nécessaires. La gestion appliquée aux espaces verts est aussi importante : la gestion différenciée, la protection des sols (par un couvert végétal ou du paillage), le non-usage de produits phytosanitaires, l’apport de compost plutôt que d’engrais chimiques… sont autant de pratique assurant l’intégrité des sols. Il est également préférable d’éviter les plantations d’espèces annuelles, régulièrement remplacées, car les arrachages – replantations récurrents déstructurent les formations fragiles du sol.

Il y a par ailleurs dans l’expression « trame brune » une notion essentielle de connectivité. Les espèces présentent dans le sol ont elles aussi des besoins de déplacement5, pour accomplir leur cycle de vie, se reproduire, échapper à des changements ponctuels dans leur environnement, recoloniser un milieu après un épisode de mortalité, etc. Notamment, plus les populations sont isolées, plus elles sont vulnérables (perte de diversité génétique, risque de disparition locale…).

À une échelle plus macroscopique, les arbres et arbustes profitent de cette continuité en échangeant de nombreux nutriments, via leurs racines et leurs partenaires champignons6. Des arbres isolés chacun dans leur fosse seront plus fragiles et vulnérables aux aléas (climat, pathogènes, blessures physiques…), tandis que s’ils partagent un volume de sol commun, le système dans son ensemble pourra compenser les carences des uns et des autres et contribuer au bon développement de chacun. Sans oublier que laisser plus d’espace au système racinaire des arbres permet d’éviter de futures dégradations de la chaussée !

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Villiers-le-Bel : il faut imaginer que naturellement, le système racinaire d’un arbre occupe un volume à peu près similaire à celui de ses branchages. Dès lors, il n’est pas surprenant de constater les dégâts causés par certains arbres âgés et bien développés, qui furent à l’époque plantés dans des fosses beaucoup trop petites.

Il est donc crucial de réfléchir au maintien d’espaces de pleine terre, aussi continus que possible, au sein des villes. Bien sûr, l’artificialisation des sols est souvent inévitable : fondations des bâtiments, voiries, etc. Mais dans de nombreux cas, il serait possible de la réduire et de minimiser l’isolement des portions de sol maintenues, par exemple en organisant différemment le stationnement, les réseaux ou les aménagements piétons. Des opérations de « désartificialisation » – consistant à casser le bitume à des endroits sélectionnés pour remettre de la terre à la place – se multiplient dans plusieurs villes du globe7. Si elles démontrent qu’il est techniquement possible, et souhaitable, de restaurer des espaces de pleine terre en milieu urbain, elles remettent surtout en cause les pratiques habituelles consistant à imperméabiliser systématiquement tout espace bâti.

Il est infiniment plus simple, moins cher et moins dommageable pour l’environnement de conserver les écosystèmes existants, que de tenter de les réparer après leur destruction. Ainsi, les projets d’aménagement gagneraient à questionner sérieusement l’avenir qu’ils réservent au sol et à considérer la pleine terre comme une option « par défaut », à laquelle on ne doit renoncer que là où il y a une nécessité réelle d’artificialisation. Au vu des enjeux portés par les sols urbains, ces principes devraient devenir la norme et non plus l’exception.

1Vie et mort des sols, par Lydia et Claude Bourguignon (2011) – vidéo : https://youtu.be/pcrrA-Am6oQ

2Le sol acteur-clé des territoires et du climat, Ademe (2015) – vidéo : http://www.dailymotion.com/video/x3fo4my_le-sol-acteur-cle-des-territoires-et-du-climat_tech

3The dirt on soil: Underground biodiversity holds key to ecosystems, Renee Lewis (2015) : http://america.aljazeera.com/articles/2015/9/2/soil-biodiversity-helps-regulate-ecosystem-report.html?utm_source=&utm_medium=&utm_campaign

4Écosystèmes forestiers : diversité et fonction des champignons, Marc Buée et al. (2006) : https://www.researchgate.net/profile/Pierre-Emmanuel_Courty/publication/278772603_cosystmes_forestiers__diversit_et_fonction_des_champignons/links/558be86308ae40781c1f30b3.pdf

5Biodiversité et syndrome de dispersion dans les communautés de macrofaune du sol, Jérôme Mathieu (2015) : https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-01342216

6Les arbres solidaires entre eux ? Ils s’échangent une ressource, le carbone !, Forestopic (2016) : http://www.forestopic.com/fr/foret/sciences-et-recherche/328-les-arbres-s-echangent-du-carbone-entre-eux

7Exemples de désartificialisation par l’association Depave (Portland, Oregon) : http://depave.org/learn/why-depave/

Trame Verte et Bleue

La Trame Verte et Bleue (généralement abrégée en TVB) est un outil d’aménagement issu du Grenelle de l’environnement. Il vise à augmenter la surface occupée par les milieux naturels et semi-naturels, à améliorer leur qualité écologique, à préserver leur diversité et à renforcer leur connectivité. Tout ceci afin de freiner la perte massive de biodiversité, constatée au niveau mondial comme aux échelles locales. En effet, l’occupation humaine et les transformations du paysage qu’elle génère sont une des principales menaces pour la biodiversité, à travers différents impacts qui s’entrecroisent :

– la destruction quantitative des surfaces naturelles, remplacées par l’urbanisation ou d’autres activités (agriculture et sylviculture, carrières, mines, production d’énergie, aménagements touristiques ou de loisirs…), réduit de fait la place disponible pour le reste de la biosphère ;

– la réduction en taille des espaces naturels restant. Certaines espèces ont besoin d’occuper un très large territoire et sont donc menacées par le resserrement progressifs de leur milieu. D’autres ne vivent qu’en plein cœur des espaces naturels, ne supportant pas les perturbations apportées par le rapprochement des milieux modifiés par l’Homme ;

– l’homogénéisation des paysages et la disparition d’habitats spécifiques, dont les occupants ne peuvent pas se passer ;

– la fragmentation du territoire, qui empêche les êtres vivants de parcourir l’espace à la recherche de ressources alimentaires, de lieux de repos, de partenaires sexuels, d’habitats propices à chaque étape de leur vie ou encore de nouveaux espaces à coloniser.

La Trame Verte et Bleue est parfois seulement réduite, à tort, à ce dernier aspect de continuité. C’est en effet une considération nouvelle que la prise en compte du besoin, pour chaque espèce (et chaque individu au sein de l’espèce), de pouvoir circuler entre différents lieux de vie. Elle remet en lumière les nombreux liens qui s’établissent entre les écosystèmes et garantissent leur pérennité : loin d’être des entités indépendantes, les espaces naturels fonctionnent en constante interaction.

Les déplacements varient grandement selon les espèces, bien sûr, mais aussi selon les périodes de l'année, l'accès aux ressources, la composition du paysage...
Les déplacements varient grandement selon les espèces bien sûr, mais aussi selon les périodes de leur vie, au cours de la journée ou de l’année, en fonction de l’accessibilité des ressources, de la composition du paysage…

Mais les enjeux quantitatifs, qualitatifs et fonctionnels sont indissociables les uns des autres. Une politique de Trame Verte et Bleue efficace ne peut se résumer à « tracer du vert » pour relier les espaces naturels entre eux. Elle doit intégrer les besoins des différentes espèces en termes de type, de taille, de diversité, de proximité et de surface totale de chaque habitat qui constitue leur milieu de vie à chaque moment de leur existence, afin d’établir des priorités sur les espaces à préserver ou à restaurer.

Ces espaces forment ce que l’on appelle continuités écologiques. Il s’agit d’un ensemble de milieux plus ou moins favorables aux espèces considérées, comprenant à la fois les habitats indispensables à la réalisation de leur cycle de vie et des espaces intermédiaires, moins attractifs mais franchissables pour passer d’un habitat à l’autre. Les continuités écologiques sont définies comme l’association de réservoirs de biodiversité et de corridors écologiques.

Les réservoirs de biodiversité sont des espaces caractérisés par une biodiversité remarquable par rapport au reste du territoire. Ils remplissent une grande partie des besoins des espèces considérées et constituent leurs milieux de vie principaux. Ils jouent un rôle crucial dans la dynamique des populations sauvages. De ces secteurs dépendent le développement et le maintien des populations présentes, ils fournissent des individus susceptibles de migrer vers l’extérieur et de coloniser d’autres milieux favorables, et peuvent servir de refuge pour des populations forcées de quitter un milieu dégradé ou détruit. La pérennité des populations qui y vivent est fortement dépendante de leurs effectifs (eux-mêmes limités par la taille des réservoirs) et des échanges génétiques entre réservoirs. Pour toutes ces raisons, les réservoirs de biodiversité doivent fonctionner sous la forme d’un réseau, entre lesquels des individus peuvent se déplacer.

Les corridors écologiques sont des espaces reliant les réservoirs, plus favorables au déplacement des espèces que la matrice environnante. Les milieux qui les composent ne sont pas nécessairement homogènes, continus, ni activement recherchés par les espèces qui les traversent. La qualité principale qui détermine leur rôle de corridor, pour une espèce donnée, est la capacité des individus à les traverser pour relier deux réservoirs, avec un effort de déplacement minimal et une chance de survie maximale. On parle de perméabilité des espaces, ou au contraire de résistance, pour décrire la facilité avec laquelle ils sont parcourus.

La qualification d’un espace comme réservoir de biodiversité ou comme corridor dépend de l’échelle à laquelle on se place et des espèces auxquelles on s’intéresse. Notamment, les corridors écologiques n’ont pas pour seule fonction d’être des voies de passage pour quelques êtres vivants. Ils peuvent également fournir des ressources essentielles à d’autres espèces et constituent donc pour ces dernières des habitats à part entière. Les corridors peuvent être discontinus pour des espèces susceptibles de franchir les obstacles (oiseaux, insectes volants, plantes dont les fruits ou les graines circulent sur de longues distances…). Ils peuvent être composés d’une mosaïque de milieux naturels ou semi-naturels différents, si ces derniers ne constituent pas un obstacle pour les espèces considérées. Ils peuvent servir d’habitats « relais », assurant les besoins d’un individu pendant un temps court et lui permettant ainsi de parcourir de plus grandes distances.

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La TVB représente un système de réseaux vivants, emboîtés et entrecroisés : une lanière boisée, jouant le rôle de corridor pour des espèces forestières, peut au contraire être un obstacle pour celles qui préfèrent les milieux ouverts et évitent de traverser ou de survoler la forêt. Mais elle constitue aussi un habitat à part entière pour d’autres espèces. À leur échelle, même un seul arbre ou un lopin de terre hébergent déjà un nombre immense d’invertébrés et de micro-organismes.

On parle de fonctionnalité d’un corridor pour désigner la diversité d’espèces qui peuvent l’emprunter. Ce concept permet de comparer deux corridors similaires (c’est-à-dire susceptibles de permettre le passage des mêmes espèces), un même corridor au cours du temps, ou en fonction de différents scénarios d’évolution. La fonctionnalité d’un corridor dépend de sa largeur, de la densité de végétation, du caractère naturel ou artificiel du sol, de la diversité d’habitats, des obstacles qui le traversent, etc. À noter qu’un corridor jugé fonctionnel pour une espèce donnée ne signifie pas que cette espèce l’empruntera de manière systématique : le tracé de la Trame Verte et Bleue doit donc, dans sa mise en œuvre politique, être adapté à mesure que des indices viennent corroborer ou non les trajets pressentis.

La fonctionnalité des corridors est notamment limitée par la présence d’éléments fragmentant. Il s’agit de secteurs infranchissables pour les espèces considérées. Ces obstacles peuvent être de différentes natures et combiner plusieurs aspects : une barrière à proprement parler, qu’elle soit naturelle (cours d’eau) ou artificielle (clôture) ; un lieu présentant un risque élevé de mortalité (collision avec un véhicule ou un bâtiment, exposition aux prédateurs, intoxication par des pesticides, risque de noyade…) ; un milieu répulsif ou trop étendu pour être traversé (grand espace agricole, ville, milieu ouvert ou au contraire très dense, selon les préférences de chaque espèce).

Le concept de Trame Verte et Bleue est donc intrinsèquement liées aux espèces étudiées, à leurs affinités et à leurs capacités de déplacement : on s’appuie généralement sur la notion de « guilde« , c’est-à-dire un groupe d’espèces ayant des besoins et des comportements assez semblables. On distingue par exemple des guildes associées aux espaces boisées, aux milieux herbacées, aux zones humides, aux cours d’eau, etc. auxquelles on fait correspondre des sous-trames. Pour chaque guilde, une ou plusieurs espèces servent de référence et l’on fait l’hypothèse que si elles peuvent traverser un milieu, les autres espèces de cette même guilde le peuvent également.

Selon qu’une espèce est terrestre, aquatique, souterraine ou volante ; qu’elle apprécie l’humidité ou la sécheresse, la luminosité ou l’ombre ; que sa nourriture se trouve au sol ou en hauteur, en milieu forestier ou en terrain dégagé… les composantes du paysage joueront à son égard tantôt le rôle de réservoir, de corridor ou d’obstacle. (Photo © Robin Chalot)

 

L’identification des sous-trames propres à chaque guilde, et leur pondération selon leur état écologique, leur fragilité, le nombre d’espèces concernées, la sensibilité de ces dernières… constituent en somme cette hiérarchisation spatiale des secteurs et habitats à protéger, que l’on appelle Trame Verte et Bleue.

Plus d’infos, d’outils, de retours d’expériences… sur le site du Centre de ressources TVB : http://www.trameverteetbleue.fr/

Mellifère

Ce terme, qui signifie littéralement « qui produit du miel », s’utilise pour désigner des plantes dont la reproduction est permise par les allées et venues des insectes dans leurs fleurs. Pour plus de rigueur, on parlera plutôt de plante nectarifère : c’est en effet grâce au nectar, produit nutritif riche en sucres, sans utilité directe pour la plante elle-même, qu’elle attire les insectes. Ces derniers, en visitant la fleur, secouent les étamines d’où tombent des grains de pollen, les organes reproducteurs mâles. L’insecte recouvert de pollen part se régaler dans la fleur suivante, en fait tomber au passage sur le pistil, l’organe reproducteur femelle, et se charge de nouveaux grains de pollen. De là, pollen et pistil feront se rencontrer les cellules reproductrices (l’équivalent, chez l’animal, des spermatozoïdes et ovaires) pour former un nouvel individu : la graine.

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Ce phénomène appelé pollinisation ne concerne pas tout le règne végétal : les fougères, mousses, algues… ont leurs propres modes de reproduction. Parmi les plantes à fleurs elles-mêmes, il existe d’autres façon de se démultiplier, en produisant des clones à partir des racines, des tiges, ou d’autres organes. Mais la reproduction sexuée par pollinisation reste une des meilleures garanties pour le développement et la survie de ces espèces1. Elle présente deux avantages majeurs :

  • le brassage génétique : par le transport de pollen d’une plante à une autre, les patrimoines génétiques se rencontrent et s’associent, d’une façon différente à chaque fois, pour former au sein de l’espèce des individus tous uniques. Cette hétérogénéité favorise l’émergence de combinaisons nouvelles qui, lorsque l’environnement change, peuvent s’avérer plus favorables pour la survie de l’espèce et seront conservées par les mécanismes de sélection naturelle ;

  • la dispersion : la graine issue de cette reproduction est généralement équipée pour voyager loin, transportée par le vent, l’eau, des animaux… Elle est également résistante et capable d’entrer en sommeil pendant parfois plusieurs années. Toutes ces qualités lui permettent de coloniser de nouveaux espaces et/ou d’attendre le moment propice pour germer, perpétuant ainsi l’espèce même si son habitat d’origine vient à disparaitre.

D’autres modes de pollinisation existent : certains arbres notamment produisent de très grandes quantités de pollen, emportées par le vent de sorte qu’une petite partie puisse terminer leur voyage dans les fleurs des voisins. Quelques espèces aquatiques (les zostères, les vallisnéries…) laissent leurs fleurs mâles ou leur pollen dériver à la surface de l’eau jusqu’aux fleurs femelles. Les pollinisateurs sont par ailleurs variés et comptent parmi leurs rangs des oiseaux (le colibri), des araignées ou des mammifères, comme les chauves-souris dont dépendent beaucoup d’arbres fruitiers exotiques2. Et parmi les insectes, les abeilles domestiques (celles qui produisent le miel que l’on peut récolter) sont loin d’être seules.

De nombreuses espèces d’abeilles sauvages, bourdons, guêpes, mouches, papillons, moustiques, fourmis, scarabées… contribuent à cet effort, et toutes sont nécessaires3. En effet, les comportements propres à chaque pollinisateur leur confèrent des rôles complémentaires. Leur activité varie dans le temps : ils butinent à différents moments de l’année ou de la journée, or les plantes ont aussi des périodes de floraison très diverses. Dans l’espace également, selon les habitats qu’ils préfèrent, les distances qu’ils peuvent parcourir, voire leur façon de naviguer entre les fleurs (certains font plus ou moins de visites, butinent plutôt près du sol ou en hauteur, etc.). Mais aussi dans leur façon de visiter les fleurs, conditionnée entre autres par leur taille et leur forme, qui détermine la bonne livraison du pollen et la fécondation des plantes. Enfin, la diversité des espèces pollinisatrices est une assurance en cas de perturbation du milieu : si l’une d’entre elles vient à manquer à un moment donné (à cause du climat, des activités humaines, d’un parasite…), les autres sont encore là pour assurer l’intendance.

Les fleurs attirent par ailleurs différentes espèces selon leur couleur, leur forme ou leur odeur. Certaines ont même co-évolué pendant des générations avec leurs partenaires pollinisateurs, jusqu’à former des relations très spécifiques. Ainsi, certains figuiers ne peuvent être fécondé que par le blastophage, qui passe l’essentiel de son cycle de vie dans ses fleurs. Celles des orchidées miment les couleurs et les motifs des coléoptères qui les pollinisent. Des variétés d’arum émettent une odeur de charogne pour attirer les mouches. Ces associations sont à la fois très efficaces et très fragiles : lorsque le cycle de vie d’une espèce se décale par rapport à l’autre, comme ça peut être le cas avec l’évolution du climat, les fleurs risquent de ne pas être fécondes lorsque les insectes sont de sortie, et ces derniers de ne pas trouver suffisamment de nourriture4.

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Ainsi, une diversité de plantes à fleurs est indispensable pour nourrir, tout au long de l’année, une variété d’insectes, qui à leur tour assurent la reproduction de nombreuses espèces végétales. Sans oublier les habitats créés par les unes et les autres, les prédateurs qui s’en nourrissent, les ressources qu’ils participent à produire (dioxygène, nutriments), etc. En milieu urbain, cette diversité est d’autant plus critique que les espaces qui lui sont accordés sont rares ; permettre l’installation et le développement de mellifères variées dans les espaces verts et jardins est donc un levier formidable pour favoriser la biodiversité dans son ensemble. Attention toutefois, ce n’est pas le seul critère à prendre en compte : il peut être préférable de planter des variétés adaptées au climat local, pérennes ou se resemant de façon autonome, plutôt que « d’abuser » des fleurs annuelles exotiques qu’il faudra remplacer au bout de quelques semaines.

1La pollinisation : un service écologique gratuit, Patrick Straub (2015) : http://www.futura-sciences.com/magazines/environnement/infos/dossiers/d/developpement-durable-pollinisation-service-ecologique-gratuit-970/

2De la tequila à l’«arbre de vie», les chauves-souris sont de précieux alliés de la nature, UNEP (2011) : http://www.unep.org/Documents.Multilingual/Default.asp?DocumentID=655&ArticleID=6885&l=fr

3Non-bee insects are important contributors to global crop pollination, Romina Rader et al. (2016) : http://www.pnas.org/content/113/1/146.full

42016 : record de douceur hivernale – Comment la faune sauvage réagit-elle à cette situation exceptionnelle ?, LPO (2016) : https://www.lpo.fr/actualites/2016-record-de-douceur-hivernale

Faune urbaine

Lorsque l’on pense à l’Animal en ville, les idées qui viennent spontanément en tête sont peu reluisantes : le Pigeon, le Rat, le Cafard… Pourtant, derrière ce cliché bien ancré dans l’imaginaire commun, c’est une véritable arche de Noé qui partage nos espaces de vie. Qu’ils y aient été invités par les humains (on pensera bien sûr aux Chats, Chiens et autres animaux de compagnie), ou qu’ils nous aient accompagné clandestinement, durant les milliers d’années qui ont vu notre habitat se transformer au gré des civilisations, nombreux sont les animaux qui sont à leur aise dans les espaces urbains.

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Certains y trouvent un milieu partageant des caractéristiques communes avec leur habitat « naturel » : le Lézard des murailles et les Escargots, qui se glissent entre les pierres de nos murs ; le Faucon pèlerin, qui se perche sur nos immeubles pour guetter ses proies ; l’Hirondelle, profitant des moulures de nos bâtiments pour construire son nid, ou encore la Chouette effraie, les Martres, les Araignées, qui trouvent nos greniers à leur goût pourvu qu’on ne les dérange pas trop. De grandes colonies de Chauves-souris se dénichent même un abri de choix dans quelques-uns de nos vestiges abandonnés, comme les tunnels de la Petite Ceinture à Paris1. Sans oublier la faune du sol (Lombrics, Cloporte, Scarabées, Collemboles, Acariens, Fourmis, Mille-pattes, Protozoaires, Nématodes, larves diverses…), qui survit tant bien que mal sous les parterres de fleurs et au pied des arbres.

D’autres se contentent de nos jardins, espaces végétalisés et parcs, écrins de nature au sein d’un milieu urbain hostile. Saviez-vous que le Hérisson, le Goéland, la Fouine ou encore le Héron séjournaient à la capitale ? Et le Blaireau dans la forêt de Fontainebleau, aux porte de Paris ? C’est sans compter les Poissons, Crustacés et Mollusques qu’hébergent les cours d’eau : Saumon, Truite, Anguille, Carpe, Brochet, Crevette, Moule d’eau douce… traversent régulièrement nos villes*. Les petits ruisseaux, les mares, les plans d’eau sont aussi le lieu de rassemblement des Amphibiens (Tritons, Salamandres, Crapauds, Grenouilles…), comme en témoignent malheureusement les nombreux morts sur nos routes à la période de la reproduction.

Certains, peu exigeants, ont su s’adapter aux conditions particulières que nous avons créées, profitant au passage de quelques avantages bien appréciés. L’absence de prédateurs pour l’Écureuil et certains oiseaux2, les températures plus élevées tout au long de l’année pour la Fourmi3, la nourriture à volonté pour la myriade d’insectes pollinisateurs (Papillons, Abeilles domestiques et sauvages, Bourdons, Syrphes, Moustiques, Guêpes, quelques Coléoptères…). L’adaptation prend parfois des tournures étonnantes, comme ces oiseaux dont la rapidité d’envol à l’arrivée d’un véhicule dépend des vitesses limites de circulation4, ou le Moineau et le Roselin qui garnissent leurs nids de mégots, la nicotine ayant des propriétés anti-parasitiques5.

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(Photo © Robin Chalot)

Enfin, il y a les originaux, un peu plus anecdotiques, mais qui font eux aussi partie du paysage vivant de nos villes. Des animaux tolérés pour leur statut sacré, comme la Vache en Inde ou le Singe à Lopburi (en Thaïlande). Des animaux importés et relâchés : chez nous, la Tortue de Floride, la Perruche. Des animaux qui s’approchent des zones urbaines et y pénètrent parfois tout en évitant l’Homme, comme le Lynx, le Raton-laveur et le Coyote en Amérique du Nord, le Sanglier ou le Renard en Europe. Et ceux que l’on pourrait prendre pour des poissons d’avril, comme le Kangourou, présent en Forêt de Rambouillet depuis les années 1970.

L’Homme serait bien prétentieux de se croire seul occupant des villes, de considérer l’habitat qu’il s’est créé comme l’exact opposé de la Nature. Celle-ci y a toujours pris ses marques et installé, tant bien que mal, une foultitude de créatures. Et pourtant, la ville continue d’être construite pour les humains et eux seuls, sans une pensée envers leurs voisins à plumes, à poils ou à écailles. Qu’en serait-il si, tout en gardant pour objectif le bien-être des bipèdes, nous avions à cœur de la rendre aussi accueillante que possible pour le reste du monde animal ?

1Paris, La Petite Ceinture – La Nature sur les rails !, Terre Sauvage (2010) : http://www.association-espaces.org/wp-content/uploads/2013/04/art-Terre-sauvage.pdf

2Urban areas may serve as habitat and corridors for dry-adapted, heat tolerant species; an example from ants, Sean B. Menke et al. (2011) : http://link.springer.com/article/10.1007/s11252-010-0150-7

3Trophic Dynamics in Urban Communities, Stanley H. Faeth (2005) : https://bioscience.oxfordjournals.org/content/55/5/399.full.pdf

4Les oiseaux s’adaptent aux limites de vitesse sur la route : une question de survie, Frédéric Jiguet (2013) : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/925380-les-oiseaux-s-adaptent-aux-limites-de-vitesse-sur-la-route-une-question-de-survie.html

5En ville, les oiseaux font leurs nids avec vos vieux mégots, Science & Avenir (2012) : http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/20121205.OBS1412/en-ville-les-oiseaux-font-leurs-nids-avec-vos-vieux-megots.html

Exotique envahissante

Une espèce est dite exotique envahissante (parfois appelée « invasive ») lorsqu’elle colonise un nouveau milieu de façon rapide et met en danger la survie d’espèces indigènes (initialement présentes dans ce milieu)1. Toutefois, peu d’espèces se retrouvent dans cette situation : dans la très grande majorité des cas, elles ne parviennent pas à se maintenir en dehors de leur écosystème d’origine, ou du moins ne prolifèrent pas. Mais si le nouveau milieu leur est plus favorable qu’aux espèces indigènes, elles risquent de se développer aux dépens de ces dernières, par exemple en monopolisant certaines ressources, en exerçant une prédation, en modifiant le milieu, en produisant des toxines, en s’hybridant avec des variétés proches…

Cet avantage compétitif peut être procuré par un ou plusieurs facteurs2 :

  • l’absence de prédateur : l’espèce exotique étant jusqu’alors absente de l’écosystème, aucune des espèces indigènes n’a évolué de façon à l’inclure dans son régime alimentaire. Elle peut donc se développer sans aucune régulation par la prédation ;
  • l’absence de parasite ou de pathogène : de même que pour les prédateurs, les parasites et pathogènes indigènes sont incapables d’infecter l’espèce exotique ;
  • un meilleur accès aux ressources : l’espèce exotique trouve dans ce nouveau milieu une ressource (proies, nutriments, eau, lumière) qu’elle exploite plus efficacement que les espèces indigènes ;
  • une modification des conditions du milieu : l’évolution rapide d’un facteur extérieur (tel que le climat, une pollution ou la dégradation du sol) fragilise les espèces indigènes, tandis que l’espèce exotique s’accommode mieux de cette situation ;
  • une forte capacité de reproduction et de dispersion ;
  • etc.

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Les phénomènes de migration et de prolifération existent depuis toujours et font partie des mécanismes de l’évolution : l’arrivée d’une nouvelle espèce bouleverse les équilibres, de nouvelles interactions écologiques se mettent en place tandis que d’autres disparaissent et, à terme, un écosystème inédit se crée3. Ce qui rend ces phénomènes problématiques à l’époque actuelle, c’est la vitesse à laquelle ils se produisent, sous l’influence de l’Homme, et les effets indésirables qu’ils peuvent avoir sur nos activités ou notre environnement. Un très grand nombre d’espèces profitent de nos déplacements, qu’elles soient introduites volontairement ou ou qu’elles nous accompagnent à notre insu (sous forme de graines sous nos chaussures, par exemple). Cela démultiplie le risque que l’une d’entre elles finisse par atterrir dans un milieu réunissant les conditions nécessaires à ce qu’elle devienne envahissante. Nous permettons à des espèces très compétitives de se confronter à tous les écosystèmes du Monde, y compris les plus isolés, et répétons l’exercice encore et encore. Ces écosystèmes n’ont pas le temps de s’adapter à toutes les nouvelles venues et, en combinaison avec d’autres facteurs qui les fragilisent, ils perdent davantage d’espèces qu’il ne s’en crée de nouvelles. Les espèces exotiques envahissantes sont ainsi un des 5 facteurs majeurs de perte de biodiversité.

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Toutefois, une espèce n’est pas envahissante par nature, cela dépend du contexte4. Des espèces exotiques envahissantes à un endroit du globe peuvent être au contraire menacées de disparition dans la région dont elles proviennent (c’est par exemple le cas du lapin de garenne, qui a pullulé en Australie mais régresse en Europe). Les conséquences écologiques sont également variables : l’introduction de nouveaux prédateurs en milieu insulaire peut être dramatique, mais d’autres espèces (notamment végétales) profitent aussi d’espaces rendus hostiles à leurs concurrentes par l’action de l’Homme (pollutions, eutrophisation…). En ville, c’est avant tout la fragilité de l’écosystème d’accueil qui permet à une espèce de proliférer : dans un milieu diversifié, présentant des populations en bonne santé, des mécanismes de régulation naturels peuvent plus facilement se mettre en place (compétition, prédation, parasitisme…). Ils ne sont pas toujours suffisants, mais simplifient grandement la gestion des espèces exotiques envahissantes.

Enfin, si une action de l’Homme est nécessaire, celle-ci ne doit pas endommager davantage les écosystèmes. L’utilisation de produits phytosanitaires ou l’introduction artificielle de prédateurs ont des effets néfastes sur l’ensemble du système. De telles techniques sont contre-productives dans les milieux urbains, déjà très déséquilibrés : elles accentuent la vulnérabilité de certaines espèces indigènes, que l’on souhaitaient justement préserver du phénomène d’invasion, avec parfois des réactions en chaîne imprévisibles et dévastatrices. Sur le long terme, les espèces exotiques envahissantes en sortent vainqueurs, profitant de leurs atouts naturels et de la fragilité accrue de leurs compétiteurs. Une élimination ciblée, mécanique (arrachage, destruction des nids…) et/ou biologique (pâturage…), certes plus coûteuse en temps et en personnel, reste malgré tout la solution la plus soutenable face aux espèces exotiques envahissantes.

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Le pâturage peut être une méthode de lutte efficace contre certaines plantes invasives – Nanterre, France (Photo © Robin Chalot)

1Définition des Espèces Exotiques Envahissantes, Inventaire National du Patrimoine Naturel : https://inpn.mnhn.fr/programme/especes-exotiques-envahissantes

2Les espèces végétales invasives en France : Bilan des connaissances et propositions d’actions, S. Muller (2000) : http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/55432/RevuedEcologie_2000_SUP7_53.pdf?sequence=1&isAllowed=y

3The evolutionary impact of invasive species, H. A. Mooney & E. E. Cleland (2001)  : http://www.pnas.org/content/98/10/5446.full

4Les plantes «invasives» sont-elles si méchantes ? Romain Loury (26 mars 2015) : http://www.journaldelenvironnement.net/article/les-plantes-invasives-sont-elles-si-mechantes,57067

*Complément du 12 mars 2017 : Pour des discussions plus approfondies sur le sujet, voir les actes de la rencontre « Espèces envahissante : questions d’écologie et de gestion » (Natureparif, 28 & 29 juin 2011) : http://www.natureparif.fr/attachments/forumdesacteurs/envahissantes/Natureparif_especes-envahissantes_28-29juin2012.pdf

*Complément du 29 avril 2017 : Le texte de la Stratégie nationale relative aux espèces exotiques envahissantes réaffirme entre autres l’importance de maintenir les écosystèmes en bonne santé (Objectif 6) et le fait que lorsqu’une espèce devient invasive, « il est souvent trop tard pour l’éradiquer » : http://www.developpement-durable.gouv.fr/sites/default/files/17039_Strategie-nationale-especes-exotiques-invahissantes.pdf

Trame(s) verte(s)

Inventée suite au Grenelle Environnement en 2007, la notion de trame verte désigne en premier lieu un outil d’aménagement du territoire visant à freiner la consommation d’espaces naturels, et ainsi la perte de biodiversité dont elle est la cause. Le terme s’utilise à la fois pour parler d’une méthodologie d’aide à la décision, permettant de déterminer les espaces à préserver ou restaurer en priorité, et pour décrire ces espaces jugés prioritaires (cf. Trame Verte et Bleue).

La trame verte repose sur un double enjeu. Quantitatif : éviter la diminution des milieux naturels en terme de surfaces – la surface « totale » non urbanisée, mais aussi celle de chaque type de milieu, ou encore la surface d’un espace naturel donné. Qualitatif : éviter la simplification et l’uniformisation des écosystèmes, en assurant une diversité d’habitats et en favorisant leurs interactions. Ce dernier point, désigné par le terme de « continuité écologique », est souvent illustré par la capacité de déplacement des individus à travers le territoire, nécessaire à la survie de l’espèce (alimentation, repos, reproduction, colonisation de nouveaux habitats…).

La Petite Ceinture à Paris (Photo © Robin Chalot)
La Petite Ceinture à Paris (Photo © Robin Chalot)

L’usage courant de l’expression « trame verte » s’étend toutefois à des réalités différentes, parfois associées à la problématique de biodiversité, mais pas équivalentes à celle-ci :

  • la trame verte « paysagère » : reprenant l’idée d’une continuité d’espaces végétalisés (espaces « verts »), il s’agit d’aménagements faisant la part belle aux plantations. Ils peuvent avoir un intérêt certain pour la biodiversité, lorsqu’ils offrent effectivement des habitats et des ressources nécessaires aux espèces locales et favorisent des échanges entre les milieux naturels voisins. Mais l’utilité écologique est parfois sacrifié au profit de l’attrait esthétique, selon les choix d’espèces plantées, leur disposition, leur articulation avec le reste du territoire ;
  • la trame verte « transports » : l’expression désigne ici la possibilité de déplacement non pas des espèces sauvages, mais celle des humains, via des modes plus écologiques (plus « verts ») que la voiture : chemins piétons, pistes cyclables, transports en communs, etc. La mise en place de ces voies de circulation s’accompagne parfois de nouvelles continuités écologiques (plantation d’arbres, aménagement de noues, création de parcs…). Mais lorsqu’elles sont trop artificialisées, leur intérêt au regard de la biodiversité est faible, voire nul.

Les différents sens donnés aux trames vertes ont tous leur raison d’être et répondent chacun à des enjeux essentiels. Lorsque cela est possible et pertinent, il est évidemment préférable de les combiner, pour améliorer conjointement la qualité écologique des lieux, le cadre de vie et le fonctionnement urbain. Dans d’autres cas, il est nécessaire d’arbitrer et de donner la priorité à l’un ou l’autre de ces usages. L’important est de toujours identifier clairement les fonctions que l’on attend d’une « trame verte », pour lui donner les moyens de les remplir efficacement.

Piste cyclable, espace vert paysager et noue végétalisée (à droite) : un exemple de trame verte multifonctionnelle à Breuillet (Photo © Robin Chalot)
Piste cyclable, espace vert paysager et noue végétalisée (à droite) : un exemple de trame verte multifonctionnelle à Breuillet, dans l’Essonne (Photo © Robin Chalot)

Plus d’informations concernant la trame verte et bleue sur le portail du Centre de ressources TVB : http://www.trameverteetbleue.fr/presentation-tvb/qu-est-ce-que-trame-verte-bleue/definitions-trame-verte-bleue

Natural deficit disorder

Natural deficit disorder est l’expression anglaise désignant les troubles de la santé liés au manque de Nature. Bien qu’il soit difficile à caractériser de manière formelle, le besoin de contacts (physiques, sensoriels…) avec le milieu naturel bénéficie d’une reconnaissance croissante.

En 50 ans, la population urbaine mondiale est passée de 2,5 à plus de 6 milliards d’habitants (50% de la population en 2007)1. Avec le développement de modes de vie se déroulant presque intégralement dans des espaces artificialisés, les symptômes du manque de Nature deviennent de plus en plus flagrants. Ils sont de plusieurs ordres :

  • bien-être : l’idée est désormais largement admise que la présence du végétal dans les lieux occupés au quotidien (domicile, travail2…) et l’accès à des espaces naturels sont des facteurs de qualité du cadre de vie. Qu’il s’agisse d’une simple préférence esthétique, des loisirs pratiqués dans les espaces « verts », des qualités de confort associée au végétal (calme, fraîcheur, atmosphère apaisante), d’un besoin émotionnel ou spirituel… les raisons invoquées de cette préférence sont nombreuses.
  • santé mentale : la diminution du stress, des risques de dépression, l’amélioration des capacités cognitives, de la motivation, du sens de l’adaptation sont parmi les effets attribués à la présence de Nature dans notre environnement courant. Son impact serait notamment crucial pour le bon développement cérébral des enfants : des leçons menées en plein air, par exemple, auraient un effet très positif sur leur concentration, leur comportement, leur envie d’apprendre et leur réussite scolaire en général3.
  • santé physique : les effets psychologiques du manque de Nature semblent avoir des répercussions étonnantes sur l’état de santé physique. Les travaux de R. S. Ulrich, par exemple, suggèrent que les patients d’un hôpital présentent de meilleurs signes de guérison après une opération de chirurgie, lorsque la fenêtre de leur chambre donne sur des arbres plutôt que sur un mur en briques4.

Et les animaux dans tout ça ? La zoothérapie, ou thérapie assistée par l’animal, n’a été théorisée que dans deuxième moitié du XXe siècle. Mais en pratique, les témoignages de l’utilisation d’animaux pour accompagner la convalescence de patients remontent à plusieurs siècles. Plusieurs établissements de santé proposent aujourd’hui ces méthodes, pour des pathologies allant des troubles de l’attention chez l’enfant à la maladie d’Alzheimer chez les aînés, en passant par l’anorexie, la dépression, les phobies…5 S’occuper d’un animal ou bénéficier de sa présence stimule, encourage les interactions sociales, redonne confiance ou enseigne la responsabilité vis-à-vis d’autrui.

La zoothérapie repose sur les animaux domestiques, qui ont à l’évidence des interactions plus faciles et directes avec l’Homme. Mais on peut supposer que la présence d’animaux sauvages dans notre environnement et notre capacité à les percevoir contribuent elles aussi à un bien-être global, ne serait-ce que par le plaisir et la curiosité que peuvent engendrer la vue d’un papillon, le chant d’un oiseau, ou la sensation d’un scarabée dans le creux de sa main.

Ces théories manquent encore parfois de preuves statistiques : la santé et l’accès à la Nature sont des concepts difficiles à évaluer et à comparer entre deux individus, de nombreux autres facteurs peuvent interférer. Mais si le simple contact visuel suffit déjà pour percevoir un effet bénéfique, il est aisé d’imaginer les progrès encore à portée de main des établissements publics, de nos lieux de vie et des villes en général6.

 Cambridge, Royaume-Uni

Cambridge, Royaume-Uni (Photo © Robin Chalot)

À noter que le « natural deficit disorder » ne représente qu’une partie des intérêts des écosystèmes urbains sur la santé. Lutte contre les vagues de chaleur, épuration de l’air, de l’eau, des sols, filtration des micro-particules, élimination des biodéchets… sont autant de bénéfices tirés de la Nature en ville. Sans oublier la pratique de sports et d’activités de plein air et leur rôle face à l’obésité, le diabète, les maladies cardiaques. Certains effets négatifs ne bien sûr pas à négliger (pollens allergènes, moustiques…), mais ils peuvent être grandement diminués en favorisant des écosystèmes sains et diversifiés.

L’approche fondée sur la Nature dans notre environnement quotidien a le mérite non seulement de répondre en parallèle à plusieurs enjeux de santé publique (entre autres), mais aussi de faire le lien avec différentes politiques publiques locales : enseignement, prévention des déchets, insertion, sécurité, préservation de la biodiversité… ouvrant ainsi la voie à des stratégies d’aménagement plus intégrées.

1Institut National d’Etudes Démographiques (juin 2007) : https://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/19103/435.fr.pdf

2Healthy workplaces: the effects of nature contact at work on employee stress and health, E Largo-Wight et al. (2011) : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3072911/

3BBC News – Nature deficit disorder ‘damaging Britain’s children’ (30 mai 2012) : http://www.bbc.com/news/science-environment-17495032

4View through a window may influence recovery from surgery, Roger S. Ulrich (avril 1984) : https://mdc.mo.gov/sites/default/files/resources/2012/10/ulrich.pdf

5Thérapie assistée par l’animal, Institut Douglas, Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal : http://www.douglas.qc.ca/info/zootherapie

6Healthy nature healthy people: ‘contact with nature’ as an upstream health promotion for populations, C. Maller et al. (2006) : http://heapro.oxfordjournals.org/content/21/1/45.full.pdf+html

*Complément du 7 mai 2017 : L’article « Creating better cities: how biodiversity and ecosystem functioning enhance urban residents’ wellbeing » (L. Taylor & D. Hochuli, janvier 2015) fait la synthèse des arguments qui relient le bien-être des citadins à la richesse de la biodiversité urbaine et à la présence d’écosystèmes fonctionnels : https://www.researchgate.net/publication/279076485_Creating_better_cities…