Trame(s) verte(s)

Inventée suite au Grenelle Environnement en 2007, la notion de trame verte désigne en premier lieu un outil d’aménagement du territoire visant à freiner la consommation d’espaces naturels, et ainsi la perte de biodiversité dont elle est la cause. Le terme s’utilise à la fois pour parler d’une méthodologie d’aide à la décision, permettant de déterminer les espaces à préserver ou restaurer en priorité, et pour décrire ces espaces jugés prioritaires (cf. Trame Verte et Bleue).

La trame verte repose sur un double enjeu. Quantitatif : éviter la diminution des milieux naturels en terme de surfaces – la surface « totale » non urbanisée, mais aussi celle de chaque type de milieu, ou encore la surface d’un espace naturel donné. Qualitatif : éviter la simplification et l’uniformisation des écosystèmes, en assurant une diversité d’habitats et en favorisant leurs interactions. Ce dernier point, désigné par le terme de « continuité écologique », est souvent illustré par la capacité de déplacement des individus à travers le territoire, nécessaire à la survie de l’espèce (alimentation, repos, reproduction, colonisation de nouveaux habitats…).

La Petite Ceinture à Paris (Photo © Robin Chalot)
La Petite Ceinture à Paris (Photo © Robin Chalot)

L’usage courant de l’expression « trame verte » s’étend toutefois à des réalités différentes, parfois associées à la problématique de biodiversité, mais pas équivalentes à celle-ci :

  • la trame verte « paysagère » : reprenant l’idée d’une continuité d’espaces végétalisés (espaces « verts »), il s’agit d’aménagements faisant la part belle aux plantations. Ils peuvent avoir un intérêt certain pour la biodiversité, lorsqu’ils offrent effectivement des habitats et des ressources nécessaires aux espèces locales et favorisent des échanges entre les milieux naturels voisins. Mais l’utilité écologique est parfois sacrifié au profit de l’attrait esthétique, selon les choix d’espèces plantées, leur disposition, leur articulation avec le reste du territoire ;
  • la trame verte « transports » : l’expression désigne ici la possibilité de déplacement non pas des espèces sauvages, mais celle des humains, via des modes plus écologiques (plus « verts ») que la voiture : chemins piétons, pistes cyclables, transports en communs, etc. La mise en place de ces voies de circulation s’accompagne parfois de nouvelles continuités écologiques (plantation d’arbres, aménagement de noues, création de parcs…). Mais lorsqu’elles sont trop artificialisées, leur intérêt au regard de la biodiversité est faible, voire nul.

Les différents sens donnés aux trames vertes ont tous leur raison d’être et répondent chacun à des enjeux essentiels. Lorsque cela est possible et pertinent, il est évidemment préférable de les combiner, pour améliorer conjointement la qualité écologique des lieux, le cadre de vie et le fonctionnement urbain. Dans d’autres cas, il est nécessaire d’arbitrer et de donner la priorité à l’un ou l’autre de ces usages. L’important est de toujours identifier clairement les fonctions que l’on attend d’une « trame verte », pour lui donner les moyens de les remplir efficacement.

Piste cyclable, espace vert paysager et noue végétalisée (à droite) : un exemple de trame verte multifonctionnelle à Breuillet (Photo © Robin Chalot)
Piste cyclable, espace vert paysager et noue végétalisée (à droite) : un exemple de trame verte multifonctionnelle à Breuillet, dans l’Essonne (Photo © Robin Chalot)

Plus d’informations concernant la trame verte et bleue sur le portail du Centre de ressources TVB : http://www.trameverteetbleue.fr/presentation-tvb/qu-est-ce-que-trame-verte-bleue/definitions-trame-verte-bleue

Natural deficit disorder

Natural deficit disorder est l’expression anglaise désignant les troubles de la santé liés au manque de Nature. Bien qu’il soit difficile à caractériser de manière formelle, le besoin de contacts (physiques, sensoriels…) avec le milieu naturel bénéficie d’une reconnaissance croissante.

En 50 ans, la population urbaine mondiale est passée de 2,5 à plus de 6 milliards d’habitants (50% de la population en 2007)1. Avec le développement de modes de vie se déroulant presque intégralement dans des espaces artificialisés, les symptômes du manque de Nature deviennent de plus en plus flagrants. Ils sont de plusieurs ordres :

  • bien-être : l’idée est désormais largement admise que la présence du végétal dans les lieux occupés au quotidien (domicile, travail2…) et l’accès à des espaces naturels sont des facteurs de qualité du cadre de vie. Qu’il s’agisse d’une simple préférence esthétique, des loisirs pratiqués dans les espaces « verts », des qualités de confort associée au végétal (calme, fraîcheur, atmosphère apaisante), d’un besoin émotionnel ou spirituel… les raisons invoquées de cette préférence sont nombreuses.
  • santé mentale : la diminution du stress, des risques de dépression, l’amélioration des capacités cognitives, de la motivation, du sens de l’adaptation sont parmi les effets attribués à la présence de Nature dans notre environnement courant. Son impact serait notamment crucial pour le bon développement cérébral des enfants : des leçons menées en plein air, par exemple, auraient un effet très positif sur leur concentration, leur comportement, leur envie d’apprendre et leur réussite scolaire en général3.
  • santé physique : les effets psychologiques du manque de Nature semblent avoir des répercussions étonnantes sur l’état de santé physique. Les travaux de R. S. Ulrich, par exemple, suggèrent que les patients d’un hôpital présentent de meilleurs signes de guérison après une opération de chirurgie, lorsque la fenêtre de leur chambre donne sur des arbres plutôt que sur un mur en briques4.

Et les animaux dans tout ça ? La zoothérapie, ou thérapie assistée par l’animal, n’a été théorisée que dans deuxième moitié du XXe siècle. Mais en pratique, les témoignages de l’utilisation d’animaux pour accompagner la convalescence de patients remontent à plusieurs siècles. Plusieurs établissements de santé proposent aujourd’hui ces méthodes, pour des pathologies allant des troubles de l’attention chez l’enfant à la maladie d’Alzheimer chez les aînés, en passant par l’anorexie, la dépression, les phobies…5 S’occuper d’un animal ou bénéficier de sa présence stimule, encourage les interactions sociales, redonne confiance ou enseigne la responsabilité vis-à-vis d’autrui.

La zoothérapie repose sur les animaux domestiques, qui ont à l’évidence des interactions plus faciles et directes avec l’Homme. Mais on peut supposer que la présence d’animaux sauvages dans notre environnement et notre capacité à les percevoir contribuent elles aussi à un bien-être global, ne serait-ce que par le plaisir et la curiosité que peuvent engendrer la vue d’un papillon, le chant d’un oiseau, ou la sensation d’un scarabée dans le creux de sa main.

Ces théories manquent encore parfois de preuves statistiques : la santé et l’accès à la Nature sont des concepts difficiles à évaluer et à comparer entre deux individus, de nombreux autres facteurs peuvent interférer. Mais si le simple contact visuel suffit déjà pour percevoir un effet bénéfique, il est aisé d’imaginer les progrès encore à portée de main des établissements publics, de nos lieux de vie et des villes en général6.

 Cambridge, Royaume-Uni

Cambridge, Royaume-Uni (Photo © Robin Chalot)

À noter que le « natural deficit disorder » ne représente qu’une partie des intérêts des écosystèmes urbains sur la santé. Lutte contre les vagues de chaleur, épuration de l’air, de l’eau, des sols, filtration des micro-particules, élimination des biodéchets… sont autant de bénéfices tirés de la Nature en ville. Sans oublier la pratique de sports et d’activités de plein air et leur rôle face à l’obésité, le diabète, les maladies cardiaques. Certains effets négatifs ne bien sûr pas à négliger (pollens allergènes, moustiques…), mais ils peuvent être grandement diminués en favorisant des écosystèmes sains et diversifiés.

L’approche fondée sur la Nature dans notre environnement quotidien a le mérite non seulement de répondre en parallèle à plusieurs enjeux de santé publique (entre autres), mais aussi de faire le lien avec différentes politiques publiques locales : enseignement, prévention des déchets, insertion, sécurité, préservation de la biodiversité… ouvrant ainsi la voie à des stratégies d’aménagement plus intégrées.

1Institut National d’Etudes Démographiques (juin 2007) : https://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/19103/435.fr.pdf

2Healthy workplaces: the effects of nature contact at work on employee stress and health, E Largo-Wight et al. (2011) : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3072911/

3BBC News – Nature deficit disorder ‘damaging Britain’s children’ (30 mai 2012) : http://www.bbc.com/news/science-environment-17495032

4View through a window may influence recovery from surgery, Roger S. Ulrich (avril 1984) : https://mdc.mo.gov/sites/default/files/resources/2012/10/ulrich.pdf

5Thérapie assistée par l’animal, Institut Douglas, Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal : http://www.douglas.qc.ca/info/zootherapie

6Healthy nature healthy people: ‘contact with nature’ as an upstream health promotion for populations, C. Maller et al. (2006) : http://heapro.oxfordjournals.org/content/21/1/45.full.pdf+html

*Complément du 7 mai 2017 : L’article « Creating better cities: how biodiversity and ecosystem functioning enhance urban residents’ wellbeing » (L. Taylor & D. Hochuli, janvier 2015) fait la synthèse des arguments qui relient le bien-être des citadins à la richesse de la biodiversité urbaine et à la présence d’écosystèmes fonctionnels : https://www.researchgate.net/publication/279076485_Creating_better_cities…